1 mars 2015

JIMG_0161_1‘ai eu la surprise il y a quelques jours de voir sur le site des Editions Malpaso ( vous savez, cet éditeur espagnol qui a eu la bonne idée de traduire et de publier mon premier livre publié aux Editions Hélène Jacob) d’y trouver l’image ci-contre.

Et que voit-on sur cette image ? Un homme d’une grande noblesse, vêtu d’une toge blanche et d’une couronne de feuilles de laurier.

A première  vue, on dirait une statue étant donné l’immobilité du sujet et la couleur de son visage aussi blanche que celle de la toge. Eh, bien, ce n’est pas du tout une statue. C’est un mime. Il paraît que ça ce fait beaucoup en Espagne, le coup des mimes, et même à Avignon. Ce sont des amis qui me l’ont dit.  Il s’agit donc d’un personnage vivant, immobile et posé dans une belle avenue (Las Ramblas de Barcelone)  sur un fauteuil de velours rouge, aux côtés d’une belle vasque aux incrustations dorées.

Et que fait ce Monsieur ? Eh bien, il est en train de lire un livre. Et quel livre ? Si on agrandit la photo et que l’on y regarde de plus près, on se rend compte qu’il s’agit en fait de mon livre  » L’homme qui voulait rester dans son coin » traduit en espagnol sous le titre : « La inconcebible aventura del hombre que fue otro ». 

Alors là, ils m’épatent les espagnols. Je n’ai jamais vu quelque chose de semblable en France. C’est étonnant et très sympathique pour moi. Je me rends compte, en effet, que cette prestation inédite est une publicité pour attirer le regard des passants de cette celèbre voie de promenade en Espagne.

Vous me connaissez un peu maintenant. Je suis curieuse et j’aime aller au fond des choses. Donc, je creuse un peu plus loin et je m’interroge. Pourquoi le choix de cette image antique et magistrale pour illustrer mon écrit aux yeux des badauds? C’est bizarre, non ?

Me voilà partie dans des recherches Googlesques. Quelques minutes me suffisent pour trouver une réponse qui me satisfait. En Grèce, le laurier était dédié à Apollon et représentait l’immortalité acquise par la victoire, ainsi que la sagesse qui la conditionnait. La sagesse unie à l’héroïsme, en quelque sorte. D’où l’origine de la couronne de laurier qui ceignait la tête des héros, des génies et des sages, aussi bien en Grèce que plus tard dans l’empire romain.

Or, le héros de mon livre, « l’homme qui voulait rester dans son coin » est aux antipodes d’un vainqueur antique. C’est un antihéros. Comme vous le savez sans doute, il s’agit d’un homme moyen, pleutre, à la vie étriquée. On dirait aujourd’hui vulgairement : il est petit bras.

Pourquoi donc attirer l’attention des habitants de Barcelone par un homme antique impassible en train de faire lecture de mon livre ? Mystère !

En fait, Je pense avoir trouvé assez vite. Je suis assez contente de mon interprétation qui arrange l’ego de mon personnage falot et, par la même occasion, le mien. Si vous n’êtes pas d’accord avec ma façon de voir les choses, je vous invite à me laisser un commentaire pour me le dire.

Voilà donc ce que je pense. Mon personnage, peu étoffé au départ, se trouve par les caprices du hasard obligé de suivre un chemin chaotique contraire à sa personnalité. Peu habitué aux imprévus de l’existence, il est contraint de réfléchir, d’agir en conséquence, de lutter, d’improviser. Bref de, muter.

Cette métamorphose intérieure l’amène à devenir autre (otre ?) qu’il n’etait et donc à se vaincre lui-même. N’est-ce pas là une explication limpide ? 

J’ai, par ailleurs, appris, il y a fort longtemps, dans mes lettres classiques, que cette métamorphose intérieure, en grec ancien, s’appelle metanoïa… C’est un très joli mot.

 

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