15 février 2015

 

Bonjour tout le monde.

Ceci est le premier article de mon blog.

Voilà.

Ma charmante éditrice,  Hélène Jacob, que j’adore et qui se donne un mal fou pour tous ses auteurs (je ne le dirai jamais assez), me suggère de faire vivre mon personnage auteur tout en restant moi-même.

Me voilà bien embêtée.

Autant, écrire sous ma couette ou dans les profondeurs de mon fauteuil n’est pas pour moi difficile, dévoiler mon personnage auteur (au vu et au su de tout le monde) me coûte énormément. Comme le suggère le titre de mon premier livre, j’aime bien rester cachée dans mon coin. De plus, je ne me considère pas comme un véritable écrivain, je n’ai aucun message à transmettre et je me suis mise à écrire au moment de la retraite comme d’autres font du tricot.

Et puis, qui suis-je ? Malgré mes longues années d’apprentissage, je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que j’aime lire, réfléchir, mettre des mots sur les choses et les événements. Mais sur mon personnage auteur, rien. Je n’ai rien à dire. Nada. Faut-il donc que je le crée, ce personnage ?

 J’ai lu aujourd’hui, un article dans la revue « Contextes » donne je vous donne les références en bas de page. Cet article pose bien, me semble-t-il, le problème existentiel que j’ai à résoudre. Lisez donc ce qui suit.

La vie sociale, parce qu’elle se déroule sous le regard d’autrui, baigne d’emblée dans la spectacularité et convoque une dimension esthétique liée aux façons de paraître. On peut en faire son miel comme Proust ou le déplorer, comme Jean-Jacques Rousseau. Les individus composent avec cette donnée inhérente à l’état de société, pour en jouer ou la déjouer. Avec les débuts de l’ère médiatique moderne, dans les années 1830, cette condition spectaculaire prend une nouvelle dimension en régime de singularité : les formes de «visibilité» des artistes constituent désormais des propriétés spécifiques de leur existence publique… […].

Tout le monde connaît le visage d’Amélie Nothomb, parfois avant même d’avoir lu un seul de ses ouvrages. La couverture du roman, Le Fait du Prince (2008), porte une photo colorisée de l’auteure, signée par le duo d’artistes Pierre & Gilles, sous le titre Bloody Amélie. Nothomb y pose telle une Vierge en prière, iconographie qui fait écho à la conception divine par laquelle elle explique sa fécondité littéraire… […]

Récemment, j’ai étudié quelques photos de presse de Michel Houellebecq : on y observe une manière très constante de poser devant l’objectif, notamment quant à la posture physique et à la cigarette tenue entre le majeur et l’annulaire […]. Ce qui suscite des commentaires très différenciés, comme ceux d’un auteur comme Éric Chevillard : « Est-ce un hasard si Michel Houellebecq est devenu le héros de notre microcosme littéraire ? Sa détresse visible, affichée, triomphante est le symptôme d’un état des choses accablant que mille autres indices attestent. Il n’y a pas de malentendu. Il fallait que le vainqueur fût un vaincu. La littérature est une misère. » […]  

L’engagement physique de la personne dans l’œuvre caractérise par exemple la démarche controversée de Christine Angot. Celle-ci estime que ses textes autofictifs trouvent leur pleine réalisation non dans l’ouvrage imprimé, mais au cours de la lecture publique, lorsque la voix et le corps portent le texte et assument sa charge intime : « Je ne veux plus jamais entendre dire que ce n’est pas important la vie des écrivains, c’est plus important en tout cas que les livres. […] C’est un acte quand on parle. Quand on parle c’est un acte. Et donc ça fait des choses, ça produit des effets, ça agit. » […]

Un autre type d’énonciation prophétique, s’adosse me semble-t-il à un modèle médiatiquement très diffusé, celui de Marguerite Duras. Quand un auteur performe son texte, une telle incarnation est tout à la fois un acte énonciatif (un ethos, une vocalité, un ton et un «effet dramatique» en contexte ritualisé. […]

Henri Michaux s’y est souvent refusé : « Ceux qui veulent me voir n’ont qu’à me lire, mon vrai visage est dans mes livres », écrit-il à Brassaï. […]

Bon. Je reprends ma plume.

Je ne me sens pas écrivain.

Je suis planquée au fond de ma campagne.

Je n’ai envie, ni de gilet ou d’écharpe rouge, ni de grands chapeaux noirs ou de génuflexions virginales. Toutes ces choses, c’est pas mon truc.

Avec toutes les précautions que ma modestie me suggère, je me sens plus proche d’Henri Michaux.

Se mettre en scène ou pas ? That is the question.

Mon blog va-t-il survivre à ce questionnement ?

Vais-je réussir à accomplir ce que me demande Hélène ?

L’avenir me le dira.

Leçon inaugurale au titre de professeur associé à l’Université de Lausanne, prononcée le mercredi 19 novembre 2014, sous le titre « « Écrire, c’est entrer en scène » : la littérature en personne. Jérôme Meizoz : http://contextes.revues.org/6003

 

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4 commentaires sur “15 février 2015

  1. Je crois que la réponse à ton problème est dans ce que tu dis : tu n’aimes pas te contrefaire, Eh bien reste toi-même, écris pour ton plaisir et pour le nôtre, continue à proposer tes livres en les faisant publier. Certains continuent à trouver leur public. Je te garantis que lorsqu’on aura lu miss Smart, on aura envie de lire le suivant. 🙂 .

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    • Claude,
      Oups ! Je n’avais pas vu ton commentaire sur l’article. C’est en me promenant sur mon nouveau blog pour traquer les erreurs et voir comment modifier les polices que je l’ai trouvé. Je suis heureuse que tu comprennes que je souhaite garder une forme de simplicité et de naturel. Je me rends compte que j’aime bien écrire. Surtout les livres. Pour le blog, je vais prendre le temps de réfléchir. Si quelque chose me paraît intéressant, je le dirai. Peut être vais je prendre goût a cette nouvelle forme de communication, qui sait ?
      J’espère que tout va bien pour toi. Bonne soirée. Manou

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  2. Manou (si tu permets),
    Manou qui se cache derrière ses lunettes, Manou qui se cache derrière sa frange, Manou qui se cache derrière sa belle collection de romans, Manou qui se cache derrière son petit doigt et qui veut nous cacher encore un peu qu’elle n’est déjà plus un auteur mais bien un écrivain. Chère Manou ! Peut être la meilleure d’entre nous (les auteurs EHJ) et déjà internationale. Laisse toi donc aller à ton état naturel d’écrivain ou de personnage-auteur comme tu dis et même si tu ne sais pas qui est cette fameuse personne, l’auteur, tes romans le disent assurément. Ne sont-ils pas remplis de toi ?
    C’est vrai, si la plume délivre une caresse sur la peau, elle pique aussi, mais l’encre est une amarre qui peut nous emmener tellement loin…et pourquoi pas en plein soleil ? Toi qui vit dans notre sud ne dois pas le craindre. à très bientôt. Philippe.

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  3. Philippe, ton message est adorable. C’est vrai que je suis un peu dépassée par les événements. En écrivant mon premier livre, je pensais rester cacher dans mon coin. Il se trouve que ce premier livre, alors que je ne m’y attendais pas, a eu un succès assez important. Et les autres ont eu aussi un certain écho. Du coup, je me trouve exposée aux regards. Et tu as raison, je continue à me cacher derrière un tas de trucs. J’essaie de construire et d’alimenter le blog avec l’aide d’Helene et j’y prends un certain plaisir. Ton message ensoleillé me fait beaucoup de bien.
    Bises et merci. Manou.

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