13 avril 2014

Interview auteur réalisée par les Editions Hélène Jacob

Manou Fuentes, qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire et à quand remonte cette passion ?

J’ai été élevée dans un milieu assez littéraire. Mes parents (médecin et pharmacien), avaient fait du grec et du latin et j’ai donc, moi aussi, étudié au lycée ces deux langues. À l’époque, on appelait cela des langues mortes par opposition aux langues vivantes telles l’anglais ou l’espagnol.
Aujourd’hui, ces deux belles langues sont mortes une deuxième fois. Je crois qu’elles sont passées aux oubliettes, au moins pour les lycéens.
J’ai des souvenirs extraordinaires de cette enfance studieuse. Ma mère faisait des versions latines ou grecques pour se divertir tandis que mon père étudiait les vieilles civilisations (athénienne, égyptienne… ou aztèque…)
Dans ma famille (j’ai trois frères et je suis la seule fille) tout le monde avait l’amour des mots. Des mots pour dire. Des mots pour rire. Des jeux de mots. Il ne faut pas croire que nous étions tous penchés sur des thèmes latins. Nous préférions jouer dans la campagne. À l’époque, les enfants étaient libres d’aller et venir alentour à leur guise.
Je suis heureuse d’être née dans cette famille lettrée. Ma mère a publié un recueil de nouvelles et écrit un roman qui est resté dans son tiroir.
Ce sont mes parents qui m’ont donné le goût des mots, de la littérature et le plaisir d’écrire.


Vous écrivez le matin, le soir, la nuit ? Suivez-vous une organisation précise pour planifier vos séances d’écriture ?

En fait, je ne planifie rien du tout, ni dans la vie, ni dans l’écriture. Je n’aime pas les programmes prévus à l’avance et bien cadrés. J’ai horreur des calendriers bien remplis. J’ai besoin de temps, de silence et de solitude.
Si ces conditions sont réunies, je peux écrire dans mon lit, sur une chaise longue, à ma table de travail ou dans le train. J’écris n’importe quand, sauf la nuit. J’aime dormir.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je ne cherche pas de sources. L’eau est là ou pas. Une idée de personnage me traverse et le voilà qui prend vie presque tout seul. Il coule de source. Cela ne veut pas dire que l’histoire est forcément bonne, cela veut dire simplement que je ne cherche pas à tout prix à écrire. Si aucune idée de roman ne m’était venue, je n’aurais rien écrit.
Par la suite, quand mes personnages prennent un peu de chair, je dois, sans toujours en avoir conscience, m’inspirer du comportement de gens que j’ai rencontrés, ici ou là.
Je regarde toujours les autres. Y compris dans le métro. J’essaie d’imaginer leur vie.
Si leur monde est très différent du mien, eh bien dans mes livres, je m’amuse à faire croiser leurs destins qui auraient dû en réalité rester parallèles.
Le choc ou plutôt l’éveil produit par ces rencontres inhabituelles fait perdre aux personnages leurs repères. Ils sont alors contraints, de marcher dans des chemins inconnus, de se poser des questions et d’inventer de nouveaux modes d’être.

En dehors de l’écriture, vous avez des hobbies ou d’autres passions artistiques ?

Non. Je n’ai aucune passion artistique en dehors de la lecture. J’ai énormément lu dans ma vie. J’ai rencontré dans mes lectures des auteurs, même très anciens, qui sont parvenus à dire le monde tel que je le ressens. Il m’arrive parfois d’être plus proche d’eux que de mes contemporains.
Si je dois vraiment me trouver une passion, oui, j’en ai une. C’est la passion du quotidien. J’aime le quotidien. J’aime faire de petites choses. Un feu de bois, un peu de repassage. Jouer avec le chat. J’aime être là où je suis. Je n’ai aucun besoin d’aller ailleurs. Les grandes passions esthétiques me sont étrangères et les voyages ne m’attirent pas.

D’autres projets d’écriture en cours ? Si oui, pouvez-vous en parler ?

Après avoir écrit « L’homme qui voulait rester dans son coin » et « Habemus Praesidem », j’ai eu envie d’écrire de façon un peu moins académique. Comme j’aime l’humour, la loufoquerie et l’esprit de dérision, j’ai entrepris l’écriture d’un troisième roman qui s’intitule « Miss Smart ». Ce livre doit être publié par les Éditions Hélène Jacob, début juillet.
Le style de ce livre est radicalement différent. L’écriture y est plus proche du langage parlé que de la langue plutôt classique que j’ai utilisée pour les deux premiers. Ça m’amusait de passer à autre chose.
C’est la raison pour laquelle, je suis en train, aujourd’hui, de m’essayer à écrire un thriller dont je n’ai pas encore le titre.
Zapper d’un style à l’autre et aller dans des mondes inconnus de moi, m’enchante.

 Que pensez-vous de l’édition numérique (avantages/inconvénients) ?

Ah la la . C’est un vaste sujet qui fait actuellement couler beaucoup d’encre.
Presque tous les amis me disent avoir un amour intense du papier, du bruit de la page qui tourne, de l’odeur de l’encre à peine séchée. Bien sûr, moi aussi j’aime tout cela.
C’est poétique, c’est une ambiance… Mais cette nostalgie, selon moi, ne va pas durer.

L’édition numérique a pour avantages :
– d’être beaucoup moins onéreuse et souvent gratuite pour les auteurs classiques (sauf pour les grandes maisons d’édition traditionnelles qui persistent à vouloir maintenir des prix élevés)
– de prendre une place microscopique dans une tablette au lieu d’occuper une place folle dans les rayons entiers des bibliothèques.
– d’être accessibles dans la seconde à qui veut les télécharger.
– d’être disponibles sous des formats agréables dont on peut modifier l’apparence (blanche, noire ou sépia) ainsi que les polices.
– d’avoir accès à toutes sortes de littératures dans tous les domaines, sans avoir à courir chez plusieurs libraires qui ne possèdent pas forcement votre article.
– de faciliter la lecture aux personnes âgées ou malvoyantes qui peuvent grossir les lettres à souhait.

– de pouvoir proposer de la lecture aux enfants qui adorent les tablettes numériques.
– de partir en vacances sans charger votre valise avec les 20 livres que vous souhaitez emporter.

Les inconvénients sont moins nombreux mais notables :
– l’impossibilité de prêter un livre numérique à moins de prêter votre propre tablette. Ceci revient à dire que, quand on achète un livre numérique, en fait, on le loue. Il n’appartient pas vraiment à son acquéreur. Il est enfermé dans un système clos dont il ne peut s’échapper. Peut être est-il possible de le sortir de là, mais au prix de multiples acrobaties que j’ignore…
– la diversité des formats (ePub, mobi…) rend difficile leur accessibilité d’une tablette à l’autre.
– le piratage des livres numérique est monnaie courante.

Comment imaginez-vous l’avenir de l’édition (en France, en particulier) ?

J’ai l’impression que les maisons d’édition traditionnelles se trompent lourdement. Je crois qu’elles n’ont pas plus compris le virage numérique que Kodak n’avait prévu la disparition des photos argentiques.
Comment est-il possible que des maisons aussi prestigieuses que Gallimard ou Actes Sud continuent à vouloir recevoir des manuscrits tapés à la machine avec deux interlignes pour y prendre des notes éventuelles alors que la majorité de ces manuscrits ne sont pas lus ?
Comment ces maisons envoient donc au pilon, non seulement ces manuscrits jetés au rebut mais également les livres invendus que leur retournent les libraires?
Quelqu’un est-il en mesure de me dire pourquoi ces maisons ne font pas appel à l’impression à la demande? J’ai vu que certains libraires pourraient utiliser une telle machine dans leur magasin. N’est-ce pas une solution?
Outre le gaspillage, cette politique me semble archaïque et peu moderne à l’ère Google.
Bien sûr, chacun comprend que dans ces grandes maisons, les gens sont des initiés. Des élites qui, à la différence des ignares que nous sommes, savent ce qu’il est bon de publier ou pas. Mais qu’en savent-ils vraiment? Leurs lecteurs attitrés et leurs comités de lecture seraient-ils donc infaillibles? Auraient-ils le monopole du goût?
Pourquoi certains autres éditeurs, trop longs à énumérer, éditent-ils les mêmes auteurs, jusqu’à satiété? Pourquoi éditent-ils des gens du showbiz ou des présentateurs de télévision? Tout cela si ce n’est pour réaliser des ventes ! La conduite des ces maisons, jugée pourtant comme sacro-sainte, me semble parfois dictée davantage par le rendement financier que par l’amour de la littérature.
J’ai déjà écrit quelque part que je ne suis pas un écrivain. Je m’amuse à écrire. Peut-être n’ai-je donc aucune légitimité à les juger…
Je sens tout de même que si les grandes maisons perdent leur âme, comme elles ont déjà perdu l’avance technologique, elles risquent de mal finir. Ce qui est infiniment dommage pour nos petites librairies.

À travers vos livres, quel(s) message(s) souhaitez-vous véhiculer ?

Aucun message particulier. J’aime simplement mettre en lumière des gens comme vous et moi aux prises avec les difficultés de l’existence. Il est vrai que je les mets toujours dans des situations limites, qui fort heureusement se produisent rarement dans la vie.

Un conseil que vous donneriez à une personne qui se lance dans l’écriture de son premier livre ?

De se lancer tout simplement. C’est le premier pas qui compte.
De retravailler son texte pour enlever le superflu, les imperfections et les fautes.
De laisser tomber l’écriture quand les moments ne sont pas propices.
De faire lire le livre à quelques amis qui sont toujours de bons conseillers littéraires.
De relire infiniment votre ouvrage pour traquer les coquilles.
De proposer une mise en page impeccable à votre éditeur.

Pourquoi avoir choisi les Éditions HJ pour publier votre ouvrage ?

J’ai gardé cette question pour la fin car c’est celle à laquelle je préfère répondre.
J’aime les éditions Hélène Jacob. J’aime Hélène, Sébastien, Gaël, Mélanie….
Pourquoi je les aime?
Parce que :
Ils connaissent tout de ce boulot.
Ils sont professionnels, compétents, perfectionnistes, fiables, honnêtes, accueillants et compréhensifs.
Ils connaissent sur le bout des doigts l’orthographe et des subtilités de la langue française.
Ils savent mettre en page un livre.
Ils sont habiles à manier les nouvelles technologies.
Ils jonglent facilement entre les différents formats d’e-books.
Ils savent mettre en ligne votre livre sur de multiples plateformes (Amazon, Apple, Fnac, Kobo, Youscribe, Smashwords, chapitre.com… etc
Ils connaissent les réseaux sociaux et leur politique de communication est efficace.
Ils sont de bon conseil pour les parties les plus ardues (juridique, financière, fiscale, rédaction des contrats)
Parce que :
Il se sont lancés dans une aventure passionnante mais pas facile.
Parce qu’ils sont jeunes.
Parce que j’ai un certain âge et que leur enthousiasme est communicatif et me fait du bien.
Parce qu’ils ont accepté des livres que je ne me sentais pas de publier seule.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s